Europe : la princesse grecque cachée sur nos billets de banque
Regardez attentivement un billet en euros de la série actuelle. Placez-le face à la lumière.

Un visage féminin apparaît en transparence. Le même buste de statue se retrouve sur les billets de 5, 10, 20, 50, 100 et 200 euros. Ce visage n’appartient ni à une souveraine européenne, ni à une personnalité historique.
C’est celui d’Europe, princesse de la mythologie grecque.

La seconde série de billets en euros porte d’ailleurs officiellement son nom : la série « Europe ». Introduite progressivement à partir de 2013, elle reprend le principe architectural de la première série tout en ajoutant de nouveaux dispositifs de sécurité. Parmi eux, le filigrane portrait révèle Europe lorsque le billet est observé par transparence. Son effigie apparaît également dans l’hologramme.

Ainsi, des millions d’Européens manipulent quotidiennement le visage d’une figure mythologique vieille de plusieurs millénaires.
Un visage venu du Louvre
Ce portrait possède une origine artistique méconnue du grand public.

Il est inspiré d’un cratère en cloche à figures rouges, conservé au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre. Réalisé vers 360 avant J.-C., probablement en Apulie, dans le sud de l’Italie, le vase est attribué au Peintre de l’Ilioupersis.
Europe y apparaît richement vêtue, parée de bijoux, au sein d’une composition consacrée à son histoire. Son visage, délicatement dessiné de profil, a traversé près de vingt-quatre siècles avant d’être choisi pour incarner la nouvelle génération de billets européens.
Le passage est tout de même improbable et vertigineux : une figure tracée sur la terre cuite dans l’Antiquité devient, au XXIe siècle, l’un des éléments de sécurité de notre monnaie.
Europe, la princesse enlevée par Zeus
Mais pourquoi cette femme a-t-elle donné son nom à un continent ?
Europe est, dans la tradition mythologique, une princesse phénicienne. Zeus aperçoit la jeune femme et s’éprend d’elle (une de plus...). Pour l’approcher, il prend la forme d’un extraordinaire taureau blanc, doux et majestueux.
Europe, rassurée par l’animal, s’approche. Elle le caresse puis s’installe sur son dos. Alors le taureau s’élance. Zeus emporte la princesse à travers la mer jusqu’en Crète. De leur union naissent notamment Minos, Rhadamanthe et, selon les traditions, Sarpédon.

Cette scène deviendra l’un des grands thèmes de l’art occidental : l’Enlèvement d’Europe. De la céramique grecque aux maîtres de la Renaissance et du Baroque, le récit sera continuellement réinterprété jusqu'à nos jours.
Une mythologie cachée dans notre quotidien
Le choix de ce visage dépasse donc la simple décoration.
Chaque valeur de la série évoque une période différente de l’histoire architecturale européenne. Pourtant, derrière cette succession de styles, une même femme demeure : Europe.
Elle constitue un fil invisible reliant l’Antiquité au monde contemporain.
C’est peut-être ce qui rend ces billets si intéressants du point de vue de l’histoire de l’art. Un objet conçu pour circuler, être échangé, plié et parfois à peine regardé contient l’image d’une œuvre conservée au Louvre et la mémoire d’un récit transmis depuis l’Antiquité.
La mythologie grecque n’appartient donc pas seulement aux temples, aux musées ou aux livres.
Elle circule entre nos mains.
Europe n’a jamais véritablement quitté notre monde. Nous avons simplement cessé de la regarder.
Et depuis, de nouveaux graphismes des billets d'Euros ont été proposé par la Bance Centrale Européenne, pensez à voter pour vos préférés !

Celui-ci me rappelle vaguement l'un de mes portraits de messagers mythologiques, vous ne trouvez pas ?




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